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Cancer de la peau
Responsable
Pr Caroline Robert, cheffe du service de dermatologie
Dr Émilie Routier, cheffe du comité de pathologies dermatologiques
Contact
Tél. : +33 (0)1 42 11 46 88
Comprendre la maladie
Le cancer de la peau est une prolifération anormale et incontrôlée de cellules cutanées, le plus souvent déclenchée par une exposition excessive aux rayonnements ultraviolets (UV) du soleil ou des cabines de bronzage.
Il n’existe pas un, mais des cancers de la peau.
Les carcinomes, qui sont les cancers de la peau les plus fréquents et sont généralement de bon pronostic.
Carcinome épidermoïde : il se développe aux dépens des kératinocytes de l'épiderme. Il peut apparaître spontanément, mais il est souvent précédé d'une lésion cutanée ou muqueuse précancéreuse avec une évolution en plusieurs phases (kératose actinique, carcinome épidermoïde in situ appelé Bowen). Il peut se présenter sous différentes formes et atteindre les muqueuses buccales ou génitales.
Le carcinome épidermoïde a un bon pronostic mais sa prise en charge doit se faire avec rigueur car il peut récidiver localement ou se compliquer de métastases. On observe des métastases lorsque les cellules cancéreuses ont migré le long des trajets lymphatiques (vers les ganglions) ou par voie sanguine vers d'autres organes. Pour les formes de mauvais pronostic et les récidives, la prise en charge thérapeutique nécessite une discussion et une décision en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP).
Carcinome basocellulaire (CBC) : il se développe aux dépens de kératinocytes de la partie profonde de l'épiderme. Il survient sans lésion préexistante. Il existe plusieurs formes cliniques : CBC nodulaire, CBC superficiel, CBC sclérodermiforme. Le CBC n’entraîne pas de métastases mais il doit être traité avec rigueur car il peut localement être responsable de dommages importants. Son évolution est lente et sa prise en charge peut se faire sans précipitation.
Carcinome neuroendocrine de Merkel (CCM) : il s’agit d’un carcinome cutané rare et agressif dont le risque de rechute est élevé et dont l’extension métastatique peut se manifester n’importe où. La plupart des rechutes surviennent au cours des deux années suivant la découverte de la tumeur primitive. En 2008, des scientifiques ont découvert le polyomavirus de la cellule de Merkel, un virus humain présent dans approximativement 80% des CCM. La plupart des gens ont déjà été exposés aux polyomavirus (membres d’une famille de virus ADN à double brin) dès l’âge de 20 ans. Quand le polyomavirus de la cellule de Merkel infecte une cellule, il produit des protéines qui peuvent entraîner une croissance cellulaire non contrôlée, produisant le cancer.
Ces cancers sont plus rares mais plus agressifs car capables de se disséminer rapidement dans l’organisme. Ils se développent à partir des mélanocytes. Ces mélanocytes fabriquent de la mélanine et sont responsables de notre couleur de peau. Le mélanome atteint le plus souvent les patients autour de 50 ans, mais peut être diagnostiqué chez des individus plus jeunes. Il est cependant exceptionnel avant la puberté. Il apparaît essentiellement sur la peau, mais il peut également toucher les muqueuses ou l'œil (choroïde ou conjonctive).
L'analyse histologique permet de confirmer le diagnostic, de déterminer l'épaisseur du mélanome (indice de Breslow), son degré d'invasion de la peau, et ainsi de définir le traitement complémentaire. Son épaisseur est directement corrélée au pronostic : plus le mélanome est épais, plus le risque d'évolution métastatique est important.
Le mélanome en chiffres
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17 922
nouveaux cas en 2023
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62 ans
âge moyen au diagnostic chez les femmes
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68 ans
âge moyen au diagnostic chez les hommes
Les facteurs de risque
- Exposition aiguë : les coups de soleil répétés, surtout dans l'enfance, sont un facteur de risque majeur.
- Exposition chronique : une exposition prolongée et cumulative au soleil tout au long de la vie augmente également le risque.
- UV artificiels : la fréquentation des cabines de bronzage est associée à un surrisque, en particulier avant 35 ans.
- Phototype clair (I et II) : les personnes à peau claire, aux cheveux roux ou blonds et aux yeux clairs sont significativement plus à risque.
- Syndrome des nævus atypiques : la présence d'un grand nombre de "grains de beauté" d'allure irrégulière constitue un facteur de surveillance rapprochée.
- Nævus congénitaux : présents dès la naissance, leur risque de transformation maligne croît avec leur taille.
- Antécédents familiaux : environ 10 % des mélanomes surviennent dans un contexte familial (au moins 2 cas dans la famille), notamment en lien avec des mutations des gènes CDKN2A/p16, CDK4 ou MITF.
- Xeroderma pigmentosum : maladie génétique rare qui altère la capacité de la peau à réparer les dommages causés par les UV, entraînant un risque très élevé.
- Immunodépression : un système immunitaire affaibli (greffe d'organe, VIH, traitements immunosuppresseurs) réduit la capacité de l'organisme à éliminer les cellules anormales.
Dépistage
Le dépistage du mélanome repose avant tout sur l'observation de la peau et la détection précoce de lésions suspectes.
Pour reconnaître les mélanomes ou les grains de beauté (naevus) suspects, on utilise l'acronyme ABCDE :
- A : caractère asymétrique de la lésion
- B : bordures irrégulières, encochées
- C : couleur inhomogène avec des nuances du brun au noir, voir des zones dépigmentées, blanches ou couleur chair
- D : diamètre supérieur à 6 mm (non spécifique)
- E : il s’agit du critère principal, caractérisé par une évolution rapide, généralement en moins de 6 mois, un changement de taille, de forme, de relief et de couleur.
Chez des patients ayant un grand nombre de naevus pigmentaires (grains de beauté), la lésion suspecte est différente des autres, qui en général se ressemblent entre elles (signe du "vilain petit canard").
Prise en charge
Le comité de dermatologie de Gustave Roussy prend en charge les patients atteints de cancer de la peau et ceux qui présentent des effets secondaires cutanés induits par les traitements anticancéreux.
Cette prise en charge débute par un bilan initial.
Bilan initial des cancers de la peau
Le bilan repose essentiellement sur l'examen clinique et la recherche d'autres lésions suspectes sur la peau et/ou de signes d'atteinte à distance. Pour les carcinomes, un bilan radiologique par scanner ou IRM n'est réalisé qu'en cas de tumeur volumineuse, récidivante ou située dans des zones à risque comme la région centro-faciale.
Pour les cancers pouvant donner des métastases, les examens radiologiques ne sont pas obligatoires, mais il est conseillé de faire un bilan initial afin de faciliter la surveillance en faisant un état des lieux et en répertoriant les anomalies éventuelles, de type angiome hépatique, kyste rénal, séquelle de tuberculose…
En cas d'extension ganglionnaire, un bilan à la recherche de métastases à distance par radiographie pulmonaire et échographie abdominale ou scanner est préconisé.
Le parcours InstaDiag carcinomes cutanés
Afin de raccourcir les délais de prise en charge, optimiser le parcours de soins et développer la recherche, Gustave Roussy dispose d’un centre du carcinome cutané. Ce programme est divisé en deux parcours, le premier en hôpital de jour pour les lésions les plus superficielles, et un second, baptisé Instadiag carcinome cutané, dédié aux lésions plus complexes.
Traitements
Les traitements proposés aux patients atteints d’un cancer de la peau dépendent du type et du stade de leur tumeur.
Chirurgie
Le traitement principal du mélanome est la chirurgie. Dans un premier temps, le chirurgien retire la tumeur avec une marge de sécurité autour d'elle. La lésion est ensuite analysée en laboratoire pour notamment mesurer son épaisseur — une information clé pour adapter la suite de la prise en charge. Une seconde intervention est alors réalisée pour s'assurer que tous les bords de la zone retirée sont sains.
En cas de métastases à distance
En cas de métastase unique opérable, une chirurgie peut être discutée. Elle sera dans ce cas suivie d’un traitement complémentaire (adjuvant) par immunothérapie.
En cas de métastase inopérable ou de métastases multiples, un traitement médicamenteux doit être mis en place. Il faut tout d'abord réaliser une recherche de mutation génétique portant sur le gène BRAF.
En cas de mutation de BRAF, une thérapie ciblée associant deux médicaments (anti-BRAF et anti-MEK) peut être proposée. Un traitement par immunothérapie peut aussi être proposé. La radiothérapie est proposée essentiellement dans les localisations cérébrales et osseuses. La radiothérapie stéréotaxique donne de bons résultats sur certaines métastases cérébrales.
Le traitement de première intention est chirurgical. Le carcinome épidermoïde doit être enlevé en totalité, avec des marges de tissu sain tout autour de la tumeur. Une reconstruction peut donc s'avérer nécessaire par la suite.
Le traitement chirurgical est toujours privilégié dans le cas de carcinomes basocellulaires invasifs.
Lorsque la chirurgie n'est pas possible, un traitement ciblé, le vismodégib (traitement oral), donne de bons résultats. Une radiothérapie peut aussi être proposée.
Le traitement chirurgical de la tumeur primitive est toujours privilégié, suivi d’une radiothérapie sur le lit opératoire. Dans les formes avancées ou métastatiques, un traitement par immunothérapie pourra être proposé par anti-PDL1 (Avelumab). L’alternative à ce traitement pourra être une chimiothérapie par carboplatine-etoposide.
Pour tous les cas où un traitement standard s’est révélé inefficace et si le patient le souhaite, on pourra souvent lui proposer une inclusion dans un essai clinique lorsqu'il est éligible. Cela permet de lui proposer des traitements innovants qui ne sont pas encore disponibles sur le marché.
Recherche
Le comité de dermatologie est particulièrement impliqué par le biais de la Pr Caroline Robert dans des travaux de recherche visant à l’identification des mécanismes de résistance aux traitements du mélanome, à la mise en évidence de biomarqueurs d'efficacité et de résistance vis-à-vis des thérapies et à la mise au point de nouvelles stratégies thérapeutiques.
Ces travaux sont menés au sein de l'équipe « Biomarqueurs prédictifs et nouvelles stratégies moléculaires en thérapie cancéreuse ». Trois axes structurent cette recherche :
- Identification des mécanismes de résistance aux traitements du mélanome
- Mise en évidence de biomarqueurs d'efficacité et de résistance
- Mise au point de nouvelles stratégies thérapeutiques
- Les nouvelles thérapies anti-tumorales
Rejoindre un essai clinique
De nombreux essais cliniques sont ouverts aux patients atteints cancers. Participer à un essai thérapeutique permet d'accéder à un traitement innovant, tout en contribuant au développement de nouvelles thérapies.
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Témoignages
Questions fréquentes
Le cancer de la peau est une prolifération anormale de cellules cutanées. Il en existe plusieurs types, les plus fréquents étant les carcinomes (basocellulaires et épidermoïdes) et le mélanome, le plus grave car il peut se propager rapidement à d'autres organes.
L'exposition aux rayonnements ultraviolets (soleil, cabines de bronzage) est la principale cause. D'autres facteurs entrent en jeu : peau claire, antécédents familiaux, grand nombre de grains de beauté, ou encore un système immunitaire affaibli.
On utilise la règle ABCDE : une lésion asymétrique, aux bords irréguliers, à la couleur inhomogène, de diamètre supérieur à 6 mm, et surtout qui évolue rapidement, doit alerter et motiver une consultation.
En limitant l'exposition solaire aux heures les plus chaudes, en portant des vêtements protecteurs, en appliquant de la crème solaire à indice élevé, et en évitant les cabines de bronzage.
Détecté tôt, le cancer de la peau — y compris le mélanome — est dans la grande majorité des cas traitable avec succès. C'est pourquoi le dépistage précoce et la surveillance régulière de sa peau sont essentiels.