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Les cancers des enfants et des adolescents

Gliome infiltrant du tronc cérébral (GITC)

Le gliome infiltrant du tronc cérébral est une tumeur cérébrale pédiatrique rare et très agressive qui se développe dans le pont, une région profonde du tronc cérébral. La recherche a profondément amélioré sa caractérisation biologique, mais la maladie reste aujourd’hui extrêmement difficile à traiter.

Le GITC, appelé DIPG en anglais pour diffuse intrinsic pontine glioma, appartient au groupe des gliomes diffus de la ligne médiane. Dans la classification actuelle, une grande partie de ces tumeurs correspond à l’entité « gliome diffus de la ligne médiane, H3 K27 altéré ». 

Le pont relie différentes parties du cerveau à la moelle épinière. Il est traversé par des voies nerveuses impliquées dans les mouvements, l’équilibre, la sensibilité, la vision, la déglutition, la parole et plusieurs fonctions vitales. Les cellules du GITC s’insinuent entre les cellules normales. Ce caractère diffus et infiltrant empêche de retirer la tumeur sans léser des structures essentielles.

À retenir

Le GITC ne peut pas être retiré par chirurgie. Une biopsie peut cependant être proposée dans un centre expert afin de confirmer le diagnostic moléculaire, mieux caractériser la maladie et rechercher une possibilité d’accès à un protocole thérapeutique.

Une maladie rare, touchant principalement l’enfant

En France, environ 40 à 50 enfants et jeunes adultes reçoivent chaque année un diagnostic de GITC. La maladie survient principalement pendant l’enfance, mais elle peut aussi concerner des adolescents et, plus rarement, de jeunes adultes. La survie médiane demeure inférieure à un an dans les données publiées en 2026, malgré des évolutions individuelles très variables.

Ces chiffres décrivent une population et ne permettent pas de prévoir précisément l’évolution d’un enfant. Le profil moléculaire, les caractéristiques radiologiques, l’état clinique et la réponse à la radiothérapie peuvent être associés à des trajectoires différentes.

Les symptômes

Les signes apparaissent souvent sur quelques semaines et traduisent l’atteinte du pont et des voies nerveuses qui le traversent. Leur combinaison et leur progression rapide doivent conduire à une évaluation neurologique et à une IRM cérébrale.

Quand consulter rapidement ?

Un trouble brutal ou rapidement progressif de l’équilibre, de la vision, de la parole ou de la déglutition, une faiblesse d’un côté du corps, une somnolence inhabituelle ou une altération de la conscience nécessitent une évaluation médicale urgente. En cas de symptôme sévère ou soudain, il faut contacter les services d’urgence.

Le diagnostic

L’IRM cérébrale

L’IRM est l’examen de référence. Elle montre une lésion diffuse centrée sur le pont et précise son extension. L’aspect peut être très évocateur d’un GITC, mais l’imagerie ne donne pas à elle seule toutes les informations biologiques nécessaires à la classification actuelle.

La biopsie stéréotaxique

La biopsie consiste à prélever une petite quantité de tissu tumoral à l’aide d’un geste neurochirurgical de haute précision. Elle ne vise pas à retirer la tumeur. Sa faisabilité et son intérêt sont évalués individuellement par une équipe experte, en tenant compte de l’état de l’enfant, de l’imagerie, du risque du geste et de l’impact attendu du résultat sur la prise en charge.

Le prélèvement permet une analyse anatomopathologique et moléculaire. Elle recherche notamment une altération de H3 K27 et d’autres anomalies susceptibles de préciser le diagnostic, d’apporter des informations pronostiques ou d’orienter vers un essai clinique. Si une biopsie n’est pas réalisable ou n’est pas jugée pertinente, le traitement peut être engagé sur la base du tableau clinique et radiologique.

Consentement et décision partagée

La biopsie n’est proposée qu’après une information complète sur ses objectifs, ses bénéfices attendus, ses limites et ses risques. Elle nécessite le consentement prévu par la réglementation. Le dossier est ensuite discuté en réunion de concertation pluridisciplinaire pédiatrique.

Les traitements

À ce jour, aucun traitement standard ne permet de guérir la majorité des enfants atteints d’un GITC. L’objectif est de contrôler temporairement la maladie, soulager les symptômes, préserver au mieux la qualité de vie et proposer, lorsque cela est possible, un accès sécurisé à la recherche clinique.

La radiothérapie

La radiothérapie focale est le traitement de référence. Elle cible la tumeur dans le pont et apporte le plus souvent une amélioration transitoire des symptômes, avec une stabilisation ou une diminution radiologique temporaire. Elle ne permet cependant généralement pas un contrôle durable de la maladie.

Lors d’une progression, une seconde irradiation peut parfois être discutée si l’état clinique, le délai depuis la première radiothérapie et les doses déjà reçues le permettent. Cette décision est individualisée. Une irradiation de l’ensemble du cerveau et de la moelle épinière n’est pas un traitement systématique du GITC et ne se discute que dans des situations particulières de dissémination.

Les médicaments et les essais cliniques

Aucune chimiothérapie conventionnelle n’a démontré un bénéfice curatif dans le GITC. Des médicaments ciblés, des associations avec la radiothérapie, des traitements agissant sur l’épigénétique, la signalisation cellulaire ou le microenvironnement tumoral, ainsi que de nouvelles modalités d’administration sont étudiés dans des essais cliniques.

Le choix d’un protocole ne repose pas uniquement sur la présence d’une anomalie moléculaire. Il dépend aussi des données disponibles sur le médicament, de l’âge, de l’état clinique, des traitements déjà reçus et des critères de l’essai. Un résultat de séquençage n’implique donc pas automatiquement qu’un traitement ciblé sera efficace ou accessible.

Les soins de support font partie du traitement

La prise en charge peut associer corticoïdes lorsque cela est indiqué, traitement de la douleur et des nausées, nutrition, kinésithérapie, orthophonie, accompagnement respiratoire ou fonctionnel, soutien psychologique, maintien de la scolarité et accompagnement de la famille. Les besoins sont réévalués à chaque étape.

La prise en charge à Gustave Roussy

Le parcours est coordonné par le Département de Cancérologie de l’Enfant et de l’Adolescent. Il associe selon les besoins pédiatres oncologues, neuroradiologues, neurochirurgiens partenaires, neuropathologistes, biologistes moléculaires, radiothérapeutes, neurologues, spécialistes de la douleur, professionnels de la rééducation et équipes de soins de support.

Après l’IRM et, lorsqu’elle est réalisée, la biopsie, le dossier est discuté en réunion de concertation pluridisciplinaire. L’équipe présente à la famille la stratégie proposée, les bénéfices attendus, les limites du traitement, les essais éventuellement accessibles et les possibilités d’accompagnement.

BIOMEDE

Gustave Roussy est fortement engagé dans la recherche contre les gliomes infiltrants du tronc cérébral, via son programme BIOMEDE. 

Les résultats de l’essai international randomisé de phase II BIOMEDE 1.0 ont été publiés en avril 2026 dans Nature Medicine. Promu et coordonné par Gustave Roussy, l’essai évaluait, avec la radiothérapie, trois traitements ciblés choisis à partir des caractéristiques biologiques de la tumeur : l’évérolimus, l’erlotinib et le dasatinib.

L’essai n’a pas atteint son objectif principal d’amélioration de la survie globale. La publication ne démontre donc pas la supériorité globale de cette stratégie de traitement ciblé guidée par les biomarqueurs. Elle apporte néanmoins une ressource biologique et clinique majeure, identifie des caractéristiques associées à la réponse et documente la survie prolongée de quatre enfants.

La portée de BIOMEDE est également méthodologique. Le programme a montré qu’une biopsie, une caractérisation moléculaire centralisée et un essai international pouvaient être organisés dès le diagnostic dans cette maladie rare. Ces données permettent aujourd’hui de mieux stratifier les patients, d’interpréter les réponses et de concevoir de nouveaux essais sur des bases biologiques plus solides.

BIOMEDE 2.0 et BIOMEDE IA

Forts de ces nouvelles connaissances biologiques, les équipes de Gustave Roussy ont d'ores et déjà initié BIOMEDE 2.0, seul essai clinique comparatif international dédié aux gliomes malins de la ligne médiane et du tronc cérébral, une famille de tumeurs cérébrales malignes qui inclut les GITC mais s'étend au-delà, touchant d'autres structures profondes du cerveau et de la moelle épinière, chez l'enfant comme chez l'adulte. Ouvert dans dix pays européens, il recrute 368 patients sur quatre ans et compare l'évérolimus, désormais établi comme nouveau standard thérapeutique grâce à BIOMEDE 1.0, à l'ONC201, premier représentant d'une nouvelle classe d'anticancéreux.

En parallèle, Gustave Roussy pilote BIOMEDE IA, un programme de recherche inédit qui s’appuie sur l'intelligence artificielle pour analyser les données biologiques, génomiques et d'imagerie accumulées au fil de l'essai, afin d’identifier des informations inaccessibles à l'analyse humaine. 

Ces travaux ont bénéficié du soutien d’un Programme Hospitalier de Recherche Clinique de l’INCa et des associations Imagine For Margo, l’Etoile de Martin, les Amis d’Antoine, La Ligue contre le cancer du 74 et du 94, La marche de l'écureuil, l'association Lisa Forever, et de tous les donateurs de la campagne « Guérir le cancer de l’enfant au 21e siècle » de la Fondation Gustave Roussy. BIOMEDE 1.0, BIOMEDE 2.0 et BIOMEDE IA ont tous été rendus possibles grâce au soutien de l’association Imagine for Margo.

Les équipes de Gustave Roussy travaillent sur la génomique et l’oncogenèse des tumeurs cérébrales pédiatriques. Elles associent analyse des biopsies, étude des mécanismes de transformation et de résistance, développement de modèles expérimentaux et essais cliniques. Des cellules, organoïdes et modèles dérivés des tumeurs peuvent être utilisés en recherche pour reproduire certaines caractéristiques de la maladie et tester des pistes thérapeutiques.

La publication BIOMEDE réunit notamment des équipes de Gustave Roussy, de l’Inserm, de l’Université Evry Paris-Saclay, de l’Université Paris-Saclay et de partenaires internationaux. Cette organisation illustre la nécessité d’une recherche collaborative pour une tumeur rare.